Avant de perdre votre temps, notez que cet article est avant tout destiné à ceux et celles qui ont un intérêt immédait pour ces questions que peuvent parfois se poser les compositeurs/musiciens/improvisateurs ; je vous livre l'article au cas où l'un ou l'autre de mes lecteurs...
A un peu plus d'un mois de la création du spectacle Pour L'instant les musiciens réunissent leurs instruments autour de cette question sousjacente :
Jusqu'à quel point la forme soutient-elle l'expression (avant de l'enfermer dans une partition écrite)? Et inversément : jusqu'où le fond (l'expression) peut-il se passer de formalisation, de structure, de cadre?
La forme, ce peut être une mélodie - dans ce cas : successions d'intervals et de formules rythmiques ; l'improvisation peut s'appuyer sur ces réminiscences et construire autour de ces éléments thématiques en essayant de les développer. L'attention du musicien devrait être telle qu'il capte tout ce qui s'écoute autour de lui et choisit de suivre, en très peu de secondes, l'idée musicale ou formule lancée par un de ses comparses. Il y a là aussi un élément d'analyse presque immédiate. Exemple : trois notes lancées simultanément par trois musiciens se rencontrent pour former une ébauche d'harmonie qu'on saisit et tente de poursuivre, pour peu que celle-ci ait frappé notre imaginaire.
La forme, c'est encore une strucure - conscience des différents parties d'une pièce en devenir (la musique improvisée) avec lesquelles on peut commencer à jouer dès qu'elles ont été exposées ; la mémoire de l'instant passé joue ici un rôle essentiel. C'est comme de (re)garder à l'intérieur l'image de ce qui s'est produit et choisir délibérément de revenir sur ce moment passé : conscience des contrastes possibles qui naîtraient de la juxtaposition de telle et telle autre parties recombinées. Apparemment non, cet aspect là ne s'improvise pas. Dans mon cas, ce sont des années de travail de composition qui me permettent un peu de prendre cette sorte de recul, de garder présent la conscience de la forme qui est en train de se "construire" (construction insaisissable qui ne laisse pas de trace en dehors de l'enregistrement sonore qu'on pourrait en faire).
La forme peut encore englober l'idée de style - tonal, modal, atonal, sériel, contrapuntique, "en pensant à untel", etc. Là encore, c'est notre disponibilité individuelle qui permet de commencer l'échange : construire ensemble un univers cohérent autour des tout premiers instants, premières "mesures" jouées comme sans y penser - et de ce premier jet, l'approfondir en trio (puisque c'est la formule de ce spectacle-ci : piano, violon et clarinette, mais aussi une danseuse et une cinéaste/vidéaste)
D'abord, il me semble que l'expression est automatiquement créatrice de sa forme et de ses propres structures, échaffaudées plus ou moins consciemment dans l'immédiat du moment improvisé. Plus ou moins consciemment : voilà une première clé. L'expression se suffirait donc à elle-même, pour peu que... Pour peu que... : là s'ouvre un second chapitre, plus intangible sans doute, mais non complètement indescriptible.
Car, si l'on croit que l'improvisation peut se passer entièrement de toute "forme de contrainte", on a de bonnes chances de s'embourber dans cette sorte de complaisance qui consiste à remplir l'espace sonore à tout prix et à laisser les émotions déborder dans la confusion, vagabonder aveuglément ("pourvu qu'on fasse le plus de bruit, pardon! De musique possible"), se répendre en bavardages sourds, stériles, épuisants, inutiles...
Inutiles? Comment dire : serait inutile, une expression qui a perdu le contact avec cette petite chose très fragile, cette chose qui se dévoile parfois dans un moment de silence inattendu, que j'appelerais "nécéssité", et qui fait qu'on garde toujours assez de présence d'esprit pour savoir quand est venu le moment de se taire...
Bref, sur cette pirouette, je vous salue : ces réflexions seront heureusement vites oubliées, peut-être digérées quelque part ; comme l'enfant ayant étudié sa grammaire aura vite fait de refermer pour de bon ses cahiers d'école.
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